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Brésil : vers un avenir de labo plutôt que d’atelier du monde

Publicado no Site Les Echo, dia 24 de janeiro de 2013

Por Jean-Jacques Gaudiot, consultor em estratégia internacional

LE CERCLE. Le Brésil propose un dispositif de financement de l’innovation, la Lei do Bem, comparable au Crédit d’Impôt Recherche français. De quoi attirer dès à présent les investissements en R&D des multinationales de la planète.

Volontiers qualifiés d’”ateliers du monde” les pays émergents semblaient devoir se cantonner durablement dans le rôle passif d’exécuteurs à bas coûts des cahiers des charges des industriels occidentaux ou comme fournisseurs de commodities, sans valeur ajoutée. Or, plusieurs décisions stratégiques récentes semblent remettre en cause cette répartition des rôles : innovation au Nord, exécution au Sud.

À ce titre, le cas du Brésil est particulièrement significatif. À l’instar de Microsoft, qui a annoncé fin 2012 un plan de R&D de 100 millions de dollars pour ce seul pays. Ou de Vallourec qui choisit Rio de Janeiro pour héberger en 2013 son nouveau centre de recherche et développement et annonce l’augmentation des capacités du centre R&D déjà existant dans le pays, le Vallourec Research Belo Horizonte. Cette tendance marque la capacité et l’aspiration des pays émergents à devenir créateurs de forte valeur ajoutée. Au-delà de la seule production, ils deviennent des lieux d’innovation à part entière.

Et les investissements en la matière s’inscrivent dans la durée. Par exemple, Alstom a d’abord signé à l’été 2011 un contrat de deux cents millions d’euros pour la construction et la maintenance de trois parcs éoliens dans l’État de Rio Grande do Norte, au nord-est du Brésil, et procédera mi-2013 à l’inauguration du premier Centre Global de Technologie (CGT) d’Amérique latine à Taubaté. Budget de l’opération : six millions d’euros. Il s’agit pour ce groupe de créer un centre technologique de dimension mondiale pour l’hydroélectricité, dans ce pays où 80 % de l’électricité est produite par des barrages.

Cette capacité à miser sur l’innovation ne concerne certainement pas que les entreprises occidentales présentes au Brésil. Ainsi, un rapport de la Commission européenne publié fin 2012 indiquait que parmi les 1 400 sociétés qui dépensent le plus en R&D dans le monde, plus d’une centaine sont issues de pays émergents. Taïwan arrive en tête avec cinquante firmes, suivies par la Chine (19), l’Inde (18) et le Brésil (9). Selon l’enquête menée par Bruxelles, une dizaine d’acteurs économiques majeurs du Brésil comme Vale ou Petrobras font désormais partie des plus grands investisseurs mondiaux en matière de Recherche & Développement. Outre le potentiel que représentent les débouchés du marché sud-américain, cette focalisation des poids lourds de l’industrie mondiale sur l’innovation au Brésil s’explique aussi par un cadre juridique et fiscal approprié.

Le “Lei do Bem” est un généreux mécanisme de déduction d’impôt ouvert aux entreprises résidentes payant leurs impôts sous la forme de “Lucro Real”. Cela représente environ dix mille entreprises, dont beaucoup sont des multinationales. La procédure est simplifiée : il s’agit d’un système d’autodéclaration en ligne, à finaliser au 30 juin de l’année fiscale N+1, suivie d’un dépôt obligatoire de dossier technique auprès du Ministère de la Recherche au 31 juillet. Le dispositif est vraiment favorable puisque tout investissement réalisé dans le but d’améliorer un processus interne à la société, un produit ou un service est éligible à la Lei do Bem.

Rien d’étonnant donc à ce que de plus en plus de firmes brésiliennes se distinguent désormais par l’ampleur de leurs stratégies d’innovation. Ainsi, le classement annuel réalisé par le cabinet Boston Consulting Group, BCG Global Challengers, qui recense les sociétés commerciales les plus créatives, intègre de plus en plus d’entités brésiliennes. L’édition 2013 confirme cette tendance avec pas moins de treize d’entre elles qui se trouvent ainsi distinguées : Brasil Foods, Gerdau, JBS, Petrobras, Tigre, WEG, entre autres. Des raisons sociales pas encore forcément connues en Europe, mais dont la puissance se consolide certainement chaque année. La perception de ce phénomène de fond doit inciter les investisseurs et entrepreneurs européens à envisager plus que jamais le Brésil comme un marché à aborder sans tarder. En effet, les positions des acteurs déjà en place commencent à se consolider et le ticket d’entrée sera régulièrement à la hausse.

Un contexte général plutôt favorable alors que l’OCDE vient d’estimer à 4,1 % la croissance annuelle moyenne du Produit Intérieur Brut d’ici 2030. Un score qui lui vaut de faire partir du TOP 10 des pays qui vont le plus s’enrichir d’ici 2060.

Vous avez dit, morosité ?

Jean-Jacques Gaudiot é consultor internacional e sócio da EZreport

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